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  René Manzor

par Gilles Gressard

IL ÉTAIT UNE FOIS...

(JPG) Dans le cinéma français, René Manzor occupe une place très à part. Il est l’enfant caché d’une union pelliculaire entre Terry Gilliam et David Fincher, entre Steven Spielberg et... J’avoue : je n’ai, en plume, que des références anglo-saxonnes ! Eh oui, vous touchez, là, le point sensible... René Manzor est peut-être trop « martien » pour le cinéma français. En deux mots, René Manzor est, en France, politiquement incorrect ! Démonstration ...

QU’EST-CE QUI FAIT COURIR RENÉ ?

Novembre 1986. En sortant de la projection de son premier long-métrage, « LE PASSAGE », je sens le film trop original, trop puissant, trop essentiel, sous ses dehors de divertissement commercial, pour ne pas aller au casse-pipe. Une affiche inhabituelle (pour un Delon) et énigmatique, aucun support critique... Je me débrouille, j’ai trop envie de rencontrer ce nouveau « petit homme vert » du cinéma français ! L’annuaire, c’est pratique.

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La rencontre est loin d’être décevante, passionnante, chaleureuse. Un jeune homme de 25 ans à la sensibilité à fleur de peau, ayant envie d’exprimer, à travers des fictions inhabituelles, des choses simples comme la vie, la mort, la perte d’un enfant, la conscience face à un monde en folie, les interrogations de l’artiste, la difficulté de vivre en couple.

« LE PASSAGE » connaît un vrai succès. 2.300.000 entrées France. Le public a su reconnaître l’un des siens. Mais en 1986, en France, il ne fait pas bon être « commercial ». Trois ans de silence.

(JPG) FAUT PAS CROIRE AU PERE NOEL !

1990, le nouveau film de René Manzor « 36-15 CODE PERE NOEL » fait l’ouverture du Festival d’Avoriaz. Première et unique fois qu’un film français ouvre la grand messe du Fantastique. Le film n’a même pas de distributeur en France, alors que ses ventes à l’étranger battent déjà tous les records, lors de sa présentation au Marché du film à Cannes (trois fois plus que « LE PASSAGE » ! Et sans Delon !). Je suis dans la salle. Et, là, re-belote ! Je suis scotché par la manière de filmer, par la prouesse technique, par la maestria de René à fabriquer des univers visuels impressionnants.

Ce film n’a rien du petit film d’épouvante habituel. Il vous traumatise, vous hante, vous hypnotise parce que, au delà d’une intrigue qui pourrait paraître artificielle (un simple jeu de frissons autour de l’enfance !), Mister Manzor réveille en nous des peurs enfouies dans l’inconscient, individuel comme collectif. « 36-15 CODE PERE NOEL » est un film essentiel et traumatisant.

Comme « LE PASSAGE », « 36-15 CODE PERE NOEL » (très mauvais titre, soit dit au passage !) est un scénario original de René Manzor. Une histoire avec toutes les obsessions du Monsieur. C’est l’extraordinaire et unique duel entre un enfant et un psychopathe, avec, pour champ de bataille, l’imaginaire. Le film de Manzor est noir, très noir. Fascinant et aujourd’hui considéré comme une référence « culte », à cause de sa noirceur. Mais en 1990, en France, il ne fait pas bon être « culte ». Sept ans d’exil aux U.S.A.

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LA TELE DOPEE A LA MANZORPHINE

Presque tous les grands cinéastes US des années 60/80 viennent de la télévision, ont fait leurs classes à la télévision. Pire, ils se sont servis de la télévision comme véritable « laboratoire », lieu de liberté, lieu de tous les possibles. Des cinéastes comme Steven Spielberg, Martin Scorsese ou Brian de Palma ont donné une énergie nouvelle à la série TV.

Cocorico, c’est la France qui va comprendre, en premier tout ce que René Manzor peut apporter au petit écran... Sans doute aussi parce que les producteurs réalisent que René Manzor est un « Monsieur Plus ». Pour le même prix, plus de trouvailles visuelles, plus d’intensité narrative, plus de sophistication et d’originalité. René Manzor est un « workaholic » (un drogué du travail). Il bosse, il prépare, il étudie, il imagine, il storyboarde, il maîtrise, il complique... Et, quand il arrive sur le plateau, il ne perd pas de temps, même s’il reste l’imagination en éveil constant.

On le constate dans cet incroyable épisode de « SUEURS FROIDES », intitulé « LA SUBLIME AVENTURE », où le boucher Guy Marchand cauchemarde le découpage de son obèse épouse. Le tout est filmé avec un travail d’éclairage, de cadrage et même de trucages ambitieux pour une modeste série TV.

(JPG) Après « 36-15 CODE PERE NOEL », euh pardon « WANTED : MR XMAS », René Manzor est devenu la coqueluche des producteurs TV américains. Deux épisodes de la série « THE HITCHHICKER / LE VOYAGEUR » et notre bon petit cinéaste français cède au chant des sirènes hollywoodiennes, signant des téléfilms, des épisodes de séries, parmi lesquelles la prestigieuse saga de George LUCAS « LE JEUNE INDIANA JONES »... Le Jedi du 7ème art ne s’y est pas trompé. Il a repéré le savoir faire technique inspiré de René Manzor. Parmi les neuf autres réalisateurs choisis, Bille August, Terry Jones, Nicholas Roeg, Mike Newel, vous voyez le profil ?

Dans « PARIS 1908 », le jeune Indiana Jones rencontre le jeune Picasso. Dans « VERDUN 1916 », il est confronté à l’horreur de la guerre. George LUCAS et Steven SPIELBERG ont eu l’intelligence de « vampiriser » la culture, la sensibilité et les racines européennes de René Manzor. Et ce regard, à la fois incisif, graphique et décalé, qui fait que son cinéma (ou sa télévision) est souvent rattaché au genre « fantastique ». Il suffit de visionner les scènes de bataille de « VERDUN 1916 » pour s’en convaincre.

Ce côté éminemment graphique de l’œuvre de René Manzor en général, voit sa confirmation dans le dessin animé que Jean Diaz doit exécuter dans « LE PASSAGE », dessin animé dont Manzor est le créateur. Une esthétique en Noir & Blanc (bien avant que les vidéo-clips ne la remettent à la mode), avec, comme seule couleur, le rouge. Il y a là un clown baignant dans son sang, une fille violée, un singe meurtrier... On est plus proche de l’Expressionnisme Allemand que de Disney !

LES HORIZONS PERDUS

En 1994-95, il écrit et réalise pour la télévision deux téléfilms (vu la qualité et l’ampleur de la réalisation, il faut parler précisément de films réalisés pour la télévision !) : « CHASSEURS DE LOUPS, CHASSEURS D’OR » (titre original « WARRIOR SPIRIT ») et « LEGENDES DU GRAND NORD » (titre original : « LEGENDS OF THE NORTH »), deux adaptations des oeuvres, respectivement, de James Oliver Curwood et Jack London.

(JPG) Dans « CHASSEURS DE LOUPS, CHASSEURS D’OR », deux adolescents, l’un pauvre et citadin, l’autre Indien et déraciné, se lient d’amitié. Ensemble, ils devront affronter le Guerrier du Grand Esprit, celui qui, selon la légende, tire des balles en or pour protéger la montagne. Dans « LEGENDES DU GRAND NORD », un chercheur d’or sans scrupule et un antiquaire naïf doivent traverser ensemble le Yukon à la recherche d’Esperanza, un lac légendaire tapissé d’or.

Une question se pose : Qu’est-ce que le claustrophobique et contemporain réalisateur de « 36-15 CODE PERE NOEL » est allé faire dans ces grandes étendues sauvages avec des personnages du 19e siècle ? Il a simplement transplanté son univers à cette époque, dans ces grandes étendues naturelles où l’homme doit s’imposer, face à la vie sauvage. Une nouvelle fois, la griffe Manzor. Jouant avec les légendes et mythologies de l’aventure glacée, de la ruée vers l’or et du « struggle for life » (du combat pour la survie), René Manzor parle d’abord des hommes et raconte un cheminement initiatique. Le récit d’aventures devient conte moral. Le choc des images, la beauté traumatisante des lumières et des décors, l’émotion suscitée par la musique, le jeu des acteurs (il faut absolument voir le making off de « DEDALES » pour comprendre à quel point Manzor « conditionne » ses acteurs, avant même de penser à les filmer !)... Tout cela est mis au service d’une fable humaniste.

LES FILMS DE COMMANDE

Puis est arrivé, en 1997, « UN AMOUR DE SORCIERE »... Film à la fois cohérent et incohérent, dans le parcours filmographie de René Manzor. Retour en France, le temps d’un tournage ! René Manzor avoue avoir toujours suivi les films qu’il faisait, où que ce soit dans le monde. Dans « movies » il y a « move », se plaît-il à rappeler. Il n’a jamais eu le « rêve américain » et quand le producteur Christian Fechner (celui-là même qui produisit neuf ans plutôt, « LA SUBLIME AVENTURE ») lui propose ce film avec Vanessa Paradis, Jeanne Moreau et Jean Reno, difficile de lui dire non. Un simple film de commande. Une comédie romantique jouant avec le magique, réactualisant le mythe de la sorcellerie entre « LA BELLE ET LA BÊTE » et « MA SORCIERE BIEN AIMÉE ». On voit ce qui a séduit René Manzor, dans « UN AMOUR DE SORCIERE » : le côté fable fantastique à la Méliès. Pour agréable qu’il soit,(le film a tout de même fait 1.000.000 d’entrées France) il n’est que distraction, alors que le cinéaste, pour s’exprimer pleinement, a besoin de la réflexion.

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René Manzor - et sa petite famille - repartent pour les Etats-Unis. Il retourne à la « salle de gym ». C’est ainsi que René Manzor appelle ces moments, entre deux longs-métrages, où il réalise pour la télévision. « Moins d’argent, moins de temps. Il faut être au filet en permanence. Bien plus utile, pour rester en forme, que la pub, qui fait grossir. »

(JPG) En 1999, deux producteurs français viennent le trouver chez lui, à Los Angeles, à nouveau pour une commande : « MONSIEUR N ». Il va mettre deux ans à écrire ce « polar d’Empire » sur les derniers jours de Napoléon sur l’île de Saint Hélène. Mais, même s’il met beaucoup de lui dans « MONSIEUR N », il choisira, cette fois-ci, de ne pas réaliser. C’est que, à peine le scénario terminé, il est obsédé par une nouvelle idée qui lui trotte dans la tête, celle de son film le plus personnel et le plus abouti jusque-là : « DEDALES ».

Mais, malgré la complexité d’écriture de « DEDALES », il reste constamment disponible, en tant que scénariste, pour Antoine de Caunes, le réalisateur de « MONSIEUR N ». René se trouve, d’emblée, très à l’aise dans ce simple rôle. Là encore, c’est l’expérience américaine qui joue. « J’ai trouvé ce scénario magnifique, a confié De Caunes, lors d’un interview (à Jean-Luc Brunet, « monsieurcinéma.com »). Je n’ai jamais lu de scénario aussi bien écrit, aussi bien construit, bien articulé et bien dialogué, depuis que je suis dans le cinéma. Puis j’ai rencontré René... Je suis tombé sur un type extrêmement subtil, brillant et très, très bon scénariste ».

RENÉ ET LE MINOTAURE

Il y a toujours des rencontres, avec René Manzor, parce qu’il a, dans le quotidien même, un constant regard en éveil. Il a fallu peu de choses pour que le scénariste-cinéaste (on pourrait dire le... conteur) plonge dans le labyrinthe de « DEDALES ». Une nouvelle fois entre horreur et fantastique. Une simple rencontre avec un ami médecin et le récit de ces gens qui se retrouvent « à plusieurs dans leur corps ». Le lendemain, il visionnait une cassette, le surlendemain, il approchait les malades... Lorsque René Manzor se passionne pour un sujet, il y plonge comme un enragé. Sur « DEDALES », sa quête est passée par une plongée dans l’intérieur du patient et de la maladie. Et j’avoue ne pas avoir été autrement surpris, lors d’une de nos discussions, de l’entendre me confier « Dans les discours des « multiples », j’ai découvert une façon tellement originale de voir le monde ! Tous mes choix d’écritures, de mise en scène, de lumière, de montage, décors, son, jeu des comédiens ont découlé de l’émotion primaire que ces malades ont provoqué en moi ! ». Vous rendez-vous compte : des individus, indépendants entre eux, prenant tour à tour possession d’un même corps, quel défi ! Un double défi narratif autant que technique !

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À chaque film, René Manzor cherche le chemin original pour aborder le monde qui l’entoure, la structure sociale dans laquelle il vit et surtout l’âme de ceux qui l’habitent. René jamais ne triche. C’est pour cela que nous sommes un certain nombre à aimer l’homme, à aimer son cinéma. Mais... comme disait ce bon Georges (Brassens) ... Les braves gens n’aiment pas qu’on suive une autre route qu’eux !

En conclusion, je voudrais citer une phrase confiée à une journaliste, qui l’incitait à définir son métier (Sophie Lellouche dans Ciné-Live) : « Le metteur en scène doit exercer cinq métiers indispensables, afin d’arriver au bout de sa croisade. D’abord, il doit être l’inventeur de l’histoire, ensuite être un chasseur d’émotions dans sa relation sensuelle avec les acteurs. Mais c’est aussi un jardinier qui cultive son espace visuel et sonore. Enfin le metteur en scène est un mendiant en quête d’argent, sans lequel la croisade n’est plus possible ». Tout est dit !

Depuis des années, René Manzor a un scénario qu’il réalisera un jour : une vie et œuvre de Georges Méliès. Pas un film sur les Frères Lumière, ces enregistreurs de réalité. Un film sur l’ancêtre de George Lucas ! Méliès qui, le premier, eut envie de recréer sur un écran son univers fantasmatique, fantasmagorique, spectaculaire. Le premier aussi, qui, à travers des trucages très visuels, aborda, en les sublimant, des thèmes très humains. Mais ce Méliès-là mourut loin de ses plateaux de tournage et dans l’oubli... Je suis prêt à manger mon stylo plume que cela n’arrivera pas à cet éternel explorateur de l’âme enfantine qu’est René Manzor !

par Gilles Gressard

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