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  René Manzor

"René Manzor apporte à son travail une vision rare et passionnée qui fait de lui un réalisateur à part dans le cinéma international. Il est particulièrement apte à transposer les émotions d’un script sur l’écran, de même qu’à créer une atmosphère unique dans laquelle ses personnages évolueront."
Steven SPIELBERG (Los Angeles, 19 Février 1992)

IL ÉTAIT UNE FOIS...

(JPG) Dans le cinéma français, René Manzor occupe une place très à part. Il est l’enfant caché d’une union pelliculaire entre M. Night Shyamalan et David Fincher, entre Steven Spielberg et... J’avoue : je n’ai, en plume, que des références anglo-saxonnes ! Et c’est peut-être ce qui l’a amené à faire des films dans le monde entier : Canada, Brésil, Tchécoslovaquie, Afrique du Sud, États-Unis...

QU’EST-CE QUI FAIT COURIR RENÉ ?

Novembre 1986. En sortant de la projection de son premier long-métrage, « LE PASSAGE », je sens le film trop original, trop puissant, trop essentiel, sous ses dehors de divertissement commercial, pour ne pas aller au casse-pipe. Une affiche inhabituelle (pour un Delon) et énigmatique, aucun support critique... Je me débrouille, j’ai trop envie de rencontrer ce « petit homme vert » du cinéma français !

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La rencontre est loin d’être décevante, passionnante, chaleureuse. Un jeune homme de 25 ans à la sensibilité à fleur de peau, ayant envie d’exprimer, à travers des fictions inhabituelles, des choses simples comme la vie, la mort, la perte d’un enfant, le refus du deuil.

« LE PASSAGE » connaît un vrai succès. 2.300.000 entrées France. Le public a su reconnaître l’un des siens. Mais en 1986, en France, il ne fait pas bon être « commercial ». Trois ans de silence.

(JPG) FAUT PAS CROIRE AU PERE NOEL !

1990, le nouveau film de René Manzor « 36-15 CODE PERE NOEL » fait l’ouverture du Festival d’Avoriaz. Première et unique fois qu’un film français ouvre la grand messe du Fantastique. Le film n’a même pas de distributeur en France, alors que ses ventes à l’étranger battent déjà tous les records, lors de sa présentation au Marché du film à Cannes (trois fois plus que « LE PASSAGE » ! Et sans Delon !). Je suis dans la salle. Et, là, re-belote ! Je suis scotché par la manière de filmer, par la prouesse technique, par la maestria de René à fabriquer des univers visuels impressionnants.

Ce film n’a rien du petit film d’épouvante habituel. Il vous traumatise, vous hante, vous hypnotise parce que Mister Manzor réveille en nous des peurs enfouies dans l’inconscient, individuel comme collectif. « 36-15 CODE PERE NOEL » est un film essentiel et traumatisant.

Comme « LE PASSAGE », « 36-15 CODE PERE NOEL » (très mauvais titre, soit dit au passage !) est un scénario original de René Manzor. Une histoire avec toutes les obsessions du Monsieur. C’est l’extraordinaire et unique duel entre un enfant et un psychopathe, avec, pour champ de bataille, l’imaginaire. Le film de Manzor est noir, très noir. Fascinant et aujourd’hui considéré comme une référence « culte », à cause de sa noirceur. Mais en 1990, en France, il ne fait pas bon être « culte ». Dix ans d’exil aux U.S.A.

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LA TELE DOPEE A LA MANZORPHINE

Presque tous les grands cinéastes US des années 60/80 viennent de la télévision, ont fait leurs classes à la télévision. Pire, ils se sont servis de la télévision comme véritable « laboratoire », lieu de liberté, lieu de tous les possibles. Des cinéastes comme Steven Spielberg, Martin Scorsese ou Brian de Palma ont donné une énergie nouvelle à la série TV.

Cocorico, c’est la France qui va comprendre, en premier tout ce que René Manzor peut apporter au petit écran... Sans doute aussi parce que les producteurs réalisent que René Manzor est un « Monsieur Plus ». Pour le même prix, plus de trouvailles visuelles, plus d’intensité narrative, plus de sophistication et d’originalité. René Manzor est un « workaholic » (un drogué du travail). Il bosse, il prépare, il étudie, il imagine, il storyboarde, il maîtrise... Et, quand il arrive sur le plateau, il ne perd pas de temps, même s’il reste l’imagination en éveil constant.

On le constate dans cet incroyable épisode de « SUEURS FROIDES », intitulé « LA SUBLIME AVENTURE », où le boucher Guy Marchand cauchemarde le découpage de son obèse épouse. Le tout est filmé avec un travail d’éclairage, de cadrage et même de trucages ambitieux pour une modeste série TV française de 1988.

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Après « 36-15 CODE PERE NOEL », René Manzor est devenu la coqueluche des producteurs TV américains. Deux épisodes de la série « THE HITCHHICKER / LE VOYAGEUR » et notre bon petit cinéaste français cède au chant des sirènes hollywoodiennes, jouant les "script doctor" pour les studios, signant des téléfilms, des épisodes de séries, parmi lesquelles la prestigieuse saga de George LUCAS « LE JEUNE INDIANA JONES »...

Le Jedi du 7ème art ne s’y est pas trompé. Il a repéré le savoir faire technique inspiré de René Manzor. Parmi les neuf autres réalisateurs choisis, Bille August, Terry Jones, Nicholas Roeg, Mike Newel, vous voyez le profil ?

Dans « PARIS 1908 », le jeune Indiana Jones rencontre le jeune Picasso. Dans « VERDUN 1916 », il est confronté à l’horreur de la guerre.

George LUCAS et Steven SPIELBERG ont eu l’intelligence de « vampiriser » la culture, la sensibilité et les racines européennes de René Manzor. Et ce regard, à la fois incisif, graphique et décalé, qui fait que son cinéma (ou sa télévision) est souvent rattaché au genre « fantastique ».

"René a davantage le sens du travail avec les décors, les acteurs, de la continuité de l’histoire que tout autre réalisateur avec lequel on a travaillé, et on en connaît de très célèbres. Nous désirions que chaque épisode ressemble à un film de cinéma. René donne cette qualité "cinéma" aux épisodes."
George LUCAS & Rick McCALLUM (L’Ecran Fantastique Octobre 1992)

LES HORIZONS PERDUS

En 1994-95, il écrit et réalise pour la télévision deux téléfilms (vu la qualité et l’ampleur de la réalisation, il faut parler précisément de films réalisés pour la télévision !) : « WARRIOR SPIRIT ») et « LEGENDS OF THE NORTH »), deux adaptations des oeuvres, respectivement, de James Oliver Curwood et Jack London.

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Dans « WARRIOR SPIRIT », deux adolescents, l’un pauvre et citadin, l’autre Indien et déraciné, se lient d’amitié. Ensemble, ils devront affronter le Guerrier du Grand Esprit, celui qui, selon la légende, tire des balles en or pour protéger la montagne. Dans « LEGENDS OF THE NORTH », un chercheur d’or sans scrupule et un antiquaire naïf doivent traverser ensemble le Yukon à la recherche d’Esperanza, un lac légendaire tapissé d’or.

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Une question se pose : Qu’est-ce que le claustrophobique et contemporain réalisateur de « 36-15 CODE PERE NOEL » est allé faire dans ces grandes étendues sauvages avec des personnages du 19e siècle ?

Il a simplement transplanté son univers à cette époque, dans ces grandes étendues naturelles où l’homme doit s’imposer, face à la vie sauvage. Une nouvelle fois, la griffe Manzor.

Jouant avec les légendes et mythologies de l’aventure glacée, de la ruée vers l’or et du « struggle for life » (du combat pour la survie), René Manzor parle d’abord des hommes et raconte un cheminement initiatique. Le récit d’aventures devient conte moral.

Le choc des images, la beauté traumatisante des lumières et des décors, l’émotion suscitée par la musique, le jeu des acteurs (il faut absolument voir le making off de « DEDALES » pour comprendre à quel point Manzor « conditionne » ses acteurs, avant même de penser à les filmer !)... Tout cela est mis au service d’une fable humaniste.

LES FILMS DE COMMANDE

Retour en France, le temps d’un tournage ! René Manzor avoue avoir toujours suivi les films qu’il faisait, où que ce soit dans le monde. "Dans movies, il y a move", se plaît-il à rappeler. Il n’a jamais eu le rêve américain et quand le producteur Christian Fechner (celui-là même qui produisit neuf ans plutôt, « LA SUBLIME AVENTURE ») lui propose d’écrire et de réaliser en anglais « UN AMOUR DE SORCIERE » avec Vanessa Paradis, Jeanne Moreau et Jean Reno, difficile de lui dire non.

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Un film familial à la Disney jouant avec le magique, réactualisant le mythe de la sorcellerie, et ce, avant la saga littéraire des HARRY POTTER. On voit ce qui a séduit René Manzor, dans cette commande : le côté fable fantastique à la Méliès. Déception pour René, ce n’est pas sa version originale anglaise qui sort dans les salles, mais une version doublée (polémique due à la nationalité). Le film réalise tout de même le joli score d’1.000.000 d’entrées France mais, c’est le coeur gros que Manzor repart pour les Etats-Unis où ses agents désespèrent de le voir rentrer.

Retour à la "salle de gym". C’est ainsi que René appelle ces moments, entre deux longs-métrages, où il réalise pour la télévision. « Moins d’argent, moins de temps. Il faut être au filet en permanence. J’adore. Bien plus utile, pour rester en forme, que la pub, qui fait grossir. » À ce jour, Manzor a réalisé 44 épisodes de séries, 7 films, écrit 28 scénarios tournés et 5 romans publiés.

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En 2000, deux producteurs viennent le trouver chez lui, à Los Angeles, avec un nouveau projet à écrire en anglais et en français : « MONSIEUR N ». Il va mettre beaucoup de lui dans ce « polar d’Empire » sur les derniers jours de Napoléon sur l’île de Saint Hélène. Mais le financement prend beaucoup trop de temps et il choisit, cette fois-ci, de ne pas réaliser. Il faut dire qu’à peine le scénario terminé, il est obsédé par une nouvelle idée qui lui trotte dans la tête, celle de son film le plus personnel et le plus abouti jusque-là : « DEDALES ».

(PNG) Mais, malgré la complexité d’écriture de « DEDALES », il reste constamment disponible, en tant que scénariste, pour Antoine de Caunes, le réalisateur qui tourne « MONSIEUR N » trois ans plus tard. René se trouve, d’emblée, très à l’aise dans ce simple rôle. Là encore, c’est l’expérience américaine qui joue. « J’ai trouvé ce scénario magnifique », a confié De Caunes, lors d’une interview. « Je n’ai jamais lu de scénario aussi bien écrit, aussi bien construit, bien articulé et bien dialogué, depuis que je suis dans le cinéma. Puis j’ai rencontré René... Je suis tombé sur un type extrêmement subtil, brillant et très, très bon scénariste ».

RENÉ ET LES "MULTIPLES"

Il y a toujours des rencontres, avec René Manzor, parce qu’il a, dans le quotidien même, un constant regard en éveil. Il a fallu peu de choses pour que le scénariste-cinéaste (on pourrait dire le... conteur) plonge dans le labyrinthe de « DEDALES ». Une nouvelle fois entre horreur et fantastique.

Une simple rencontre avec un ami médecin et le récit de ces gens qui se retrouvent « à plusieurs dans leur corps ». Le lendemain, il visionnait une cassette, le surlendemain, il approchait les malades... Lorsque René Manzor se passionne pour un sujet, il y plonge comme un enragé. Sur « DEDALES », sa quête est passée par une plongée dans l’intérieur du patient et de la maladie. « Dans les discours des « multiples », déclare-t-il dans interview, "j’ai découvert une façon tellement originale de voir le monde ! Tous mes choix d’écritures, de mise en scène, de lumière, de montage, décors, son, jeu des comédiens ont découlé de l’émotion primaire que ces malades ont provoqué en moi ! Vous rendez-vous compte : des individus, indépendants entre eux, prenant tour à tour possession d’un même corps ! Un défi narratif autant que technique !

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DE SCÉNARISTE À ROMANCIER

Certains écrivains rêvent de faire du cinéma. René Manzor a toujours rêvé d’écrire des romans. "C’est la plus belle façon de raconter une histoire" a-t-il déclaré. "La plus directe. Il n’y a pas le moindre obstacle entre vous et le lecteur. Pas la moindre concession à lui faire. Il est votre complice. Ce n’est pas un spectateur, c’est un spect’acteur. En vous prêtant son imagination, il co-réalise votre histoire avec vous."

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Après le succès en 2012 de son thriller littéraire « LES ÂMES RIVALES », son second roman « CELUI DONT LE NOM N’EST PLUS » a obtenu le prix Polar du meilleur roman francophone au festival de Cognac en 2014. Le suivant « DANS LES BRUMES DU MAL » est Nouvelle Voix du Polar 2016, et son quatrième « APOCRYPHE » a obtenu le Prix du Meilleur Polar des Petits Mots des Libraires 2019.
Le dernier en date, « À VIF » sortira le 17 mars 2021 chez Calmann-Lévy.
René Manzor confirme que, avec une caméra ou un stylo, il est et reste avant tout un conteur.

par Gilles Gressard / La Provence

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