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  René Manzor

Apocryphe

Interview

UN LIVRE EN CINQ QUESTIONS par Yvan Fauth

YF : Ceux qui te connaissent savent que tu n’es jamais là où on t’attend ;-). Ça n’empêche que ce nouveau roman est très surprenant ! Qu’est-ce-qui t’a motivé à te lancer dans un tel challenge ?

RM : Quand je lis un livre, j’aime pénétrer dans un territoire inconnu, découvrir un univers, une époque, un mystère. Quand je l’écris, ce sont souvent des questions sans réponses qui m’inspirent. Je pousse mes personnages à y répondre en les plongeant dans une situation inextricable. Pour LES ÂMES RIVALES, c’était : nos sentiments nous survivent-ils ? Pour CELUI DONT LE NOM N’EST PLUS c’était : le deuil est-il une convalescence dont on se remet ? Pour DANS LES BRUMES DU MAL c’était : le Mal que l’on nous fait enfant est-il tatoué plus durablement que le Bien ? Pour APOCRYPHE, il y en avait deux : peut-on se racheter quoi que l’on ait fait ? Et quelle vérité se cache derrière nos croyances ? Lorsque j’étais enfant, l’histoire de Jésus était aussi fascinante pour moi que celle des fées, des magiciens, du Père Noël ou de la mythologie. Elle était une ouverture sur le merveilleux avec son étoile du berger, ses rois mages, ses miracles, sa résurrection... Comme dans les contes, il y avait aussi des passages terrifiants comme "le massacre des innocents" ou la "crucifixion". En grandissant, je me suis demandé pourquoi le monde des adultes exigeait qu’on abandonne toutes croyances dans le merveilleux exceptée celle-ci. Qu’y avait-il dans cette histoire de plus réaliste que dans les autres ? Pourquoi nous touchait-elle aujourd’hui encore au point qu’on se définisse par rapport à elle : avant ou après J.C., "croyant" ou "non croyant" ? Quelle vérité se cachait derrière cette croyance ? C’était une question sans réponse. Mais, pour y répondre, mes personnages allaient devoir vivre au 1er siècle.

YF : Comment as-tu travaillé pour retranscrire aussi fidèlement l’ambiance de l’époque et mélanger ainsi personnages connus et fictionnels ?

RM : Pour raconter une histoire, je dois être physiquement présent sur les lieux. C’est une déformation professionnelle qui me vient sans doute de mon métier de metteur en scène. Un cinéaste est présent sur le plateau de l’histoire qu’il filme. C’est un témoin oculaire, sensoriel des faits qu’il raconte. Il fallait donc que je sois présent là-bas :) En dehors des Évangiles et des "Actes des apôtres", nous n’avons aucun témoignage direct sur la vie de Yeshua de Nazareth et de son mouvement : les Nazôréens. En revanche, de nombreux ouvrages permettent de mieux comprendre la judéité du 1er siècle, ses coutumes, la position de la femme à cette époque, la vie sociale en Palestine, sa géographie, l’occupation romaine, la résistance ou la collaboration du peuple occupé, les enjeux politiques, stratégiques et religieux de l’Antiquité. La connaissance de tout celà permet de toucher de près cette réalité, donc d’être présent sur les lieux. Dès lors, l’enquête peut commencer. Les personnages historiques ne nous apparaissent plus en flash-back, comme dans les livres d’Histoire. On est avec eux ! Ils deviennent des "personnes". Et l’on est tenté de fouiller là où les historiens n’ont pas pu fouiller : leur humanité, leurs doutes, leurs ambitions, leurs émotions, tout ce qui nous permet d’en révéler la face cachée, tantôt plus lumineuse, tantôt plus sombre, quitte à être choqué parfois, face à certaines découvertes.

YF : Apocryphe est un roman historique, mais aussi bel et bien un thriller...

RM : Le mot "apocryphe" vient du grec "apocryphos" qui veut dire caché. Par extension, on appelle ainsi un écrit dont l’authenticité n’est pas établie. Ce qui est le cas de ce roman. Car pour moi, "Apocryphe" n’est pas un roman historique. C’est un thriller dont l’action se déroule au 1er siècle. Un suspense qui explore un des plus grands mystères de l’humanité : l’existence de ce charpentier de Nazareth et la transformation de sa petite secte juive en religion mondiale. Un thriller biblique en quelque sorte avec, dans le rôle du psychopathe, Saul de Tarse (le futur St Paul) qui est flic de surcroit car chef de la police du Temple. Persécuteur des premiers chrétiens, il mène une chasse à l’homme sans merci pour retrouver l’héritier du "roi des Juifs" : David de Nazareth. Dans sa cavale, le jeune David est protégé par l’homme qui a exécuté son père, le centurion Longinus, en quête de rédemption. Ils vont croiser le chemin de personnages que nous croyons connaître comme le voyou Barabbas, rongé par le syndrome du survivant car gracié par Ponce Pilate à la place de Yeshua. Mais aussi Judas, l’apôtre maudit, dont le destin n’est pas de finir au bout d’une corde.

YF : Certaines de tes scènes, dont le final, sont écrites de manière particulièrement cinématographiques...

RM : Mes lectrices et mes lecteurs me disent souvent cela à propos de mes romans. Je suppose qu’exciter les sens fait partie de mon ADN de cinéaste et le romancier en profite. Mais, pour moi, les mots ont un pouvoir bien plus sensoriel que les images. Une image est objective. Elle est la même pour tout le monde. Un mot est subjectif. Son sens varie selon le vécu qu’on en a. Voilà pourquoi un mot vaut mille images. Si l’on veut que le lecteur soit au coeur de l’action, dans les scènes de batailles comme dans les scènes intimes, les mots doivent lui en rapporter un témoignage organique, à fleur de peau. C’est ce que je m’efforce de faire, comme si j’étais moi-même au coeur de l’affrontement. La dimension épique du récit ne doit jamais faire perdre de vue l’angle humain. Quand j’écris, je suis à hauteur d’homme.

YF : Comment es-tu ressorti de cette écriture ? Différent ?

RM : Comme un voyageur du temps à son retour. Épuisé mais avec la sensation d’avoir rencontré des êtres exceptionnels que je n’aurais jamais pu rencontrer sans l’écriture. Ce sont ces personnages hors du commun et ces sensations fortes que je propose aux lectrices et aux lecteurs de découvrir, depuis le confort de leur intimité, rien qu’en tournant les pages. La première récompense, pour moi, c’est ce que m’a confié Marie, la femme que j’aime, ma première lectrice, en refermant le manuscrit. Puis ce sera peut-être ce que me diront celles et ceux qui accepteront de me suivre jusqu’au siècle premier pour frissonner, non plus dans le présent,

Copyright © 2006 - René Manzor