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  René Manzor

Celui dont le Nom n'est plus

Interview

Propos recueillis par Karine Fléjo pour Les Chroniques de Koryfée et par Sébastien Mousse pour Zonelivre (Mai 2014)

Pouvez-vous rapidement vous présenter, René Manzor ?

RM : Né de père Français, de mère Uruguayenne, j’ai toujours eu un pied sur le vieux continent et un sur le nouveau. Une enfance dans les valises qui m’a donné très tôt l’envie, le besoin même, de raconter. J’ai d’abord assouvi ce besoin à travers le cinéma avec des long-métrages comme “Le Passage”, “3615 Code Père Noël”, “Un Amour de Sorcière”, “Dédales”. Puis j’ai eu la chance que ces films soient appréciés par Steven Spielberg qui m’a invité à Hollywood pour travailler sur un projet. Je comptais y passer quelques mois, j’y suis resté dix ans. Pendant ces dix ans, j’ai réalisé pour la télé et le cinéma, et j’ai continué à écrire beaucoup, pour moi et pour les autres.

Vos romans sont étayés de connaissances très précises en médecine légiste, aussi bien qu’en génétique, en greffe d’organes, en criminologie, etc., ce qui apporte un crédit certain aux situations. Y a t-il un gros travail de documentation en amont ?

RM : Mes études en faculté se sont partagées entre la Médecine et les Beaux-Arts. Et, si je les interrompues pour faire du cinéma très jeune, elles m’ont apporté rigueur et endurance. Quand j’écris, j’ai besoin de me structurer, de construire un enclos très solide pour mon histoire, de façon à pouvoir y lâcher les chevaux sauvages de l’imagination l’instant d’après. L’imaginaire n’accepte pas facilement d’être domestiqué. C’est pourquoi, chez moi, une structure classique en trois actes, un plan de l’intrigue, et une enquête documentée extrêmement poussée précèdent toujours la rédaction proprement dite. Quant aux personnages, je les travaille indépendamment du récit. Je leur construis une existence, une vie avant l’histoire et après l’histoire. Je leur imagine des qualités, des défauts surtout et, comble du luxe, des manies. Ils finissent par avoir leur propre logique, indépendante de la mienne et souvent il nous arrive de ne pas être d’accord sur leur manière de se comporter dans telle ou telle situation. Quand j’en arrive à ce stade, c’est que le personnage existe vraiment. Et ses attaques constantes contre la structure de l’intrigue contribuent à la rendre surprenante.

Vous évoquez aussi les traditions funéraire, est-ce parce que vous êtes passionné par ce genre de rituels ? Par l’approche de différentes sociétés culturelles autour de la mort ?

RM : Les rituels funéraires sont des portes d’embarquement vers une destination inconnue. Les thèmes de la mort et de l’après-vie me hantent depuis ma petite enfance. J’ai toujours eu du mal à envisager la mort comme une barrière infranchissable, je veux dire dans l’autre sens. J’accepte aisément qu’on puisse mourir, mais j’ai du mal à accepter qu’on ne puisse pas revenir. Quand j’achète un billet, je ne prends jamais un aller simple.

Celui dont le nom n’est plus est un thriller haletant aux frontières de l’amour et de la mort. Comment vous est venue l’idée de ce roman ? Et d’une manière plus générale, d’où vous vient l’inspiration que ce soit pour les scénarios ou pour les romans ?

RM : Cela part généralement d’une simple idée. Une question à laquelle je n’ai pas de réponse. En confrontant mes personnages aux dangers de l’intrigue que je tisse pour eux, je les pousse à y répondre. Pour « LE PASSAGE » c’était : l’amour est-il plus fort que la mort ? Pour « DÉDALES » : sommes-nous une seule personne ou plusieurs ? Pour « LES AMES RIVALES » : nos sentiments nous survivent-ils ? Pour « CELUI DONT LE NOM N’EST PLUS » : le deuil est-il une convalescence dont on se remet ?

Ce roman relate une série de meurtres étranges obéissant au même modus operandi : les organes des victimes ont été prélevés. Plus déroutant encore, les meurtriers semblent être des proches. Autrement dit, ces mêmes personnes, capables d’amour, peuvent aussi donner la mort. Pensez-vous que le mal soit inscrit à même enseigne que le bien en chacun d’entre nous ?

RM : Nous ne sommes ni le Bien ni le Mal. Nous sommes le champs de bataille. Quand on est piétiné par l’un et l’autre, difficile de rester neutre ou de prendre partie. Chacun d’entre nous gère sa balance comme il peut avec les cartes reçues à la naissance. Mais on ne règle pas le problème en bannissant le Mal, comme Dieu l’a fait avec Satan dans les religions du Livre. La lumière a besoin des ténèbres pour exister.

Sans déflorer le roman, pour ceux qui ne l’ont pas encore lu, il y a une thématique qui semble vous être chère et était déjà présente dans Les âmes rivales, celle de ce qui se passe au delà de la mort, cette zone obscure qui intrigue, effraie parfois. Réincarnation, ésotérisme, survie des sentiments par delà la mort, d’où vous vient cette fascination ?

RM : Ce que j’aime dans ces zones mystérieuses, c’est la liberté qu’elles offrent à l’imaginaire. Mais je ne m’y sens à l’aise que si les amarres du « crédible » ne sont pas coupées. J’ai besoin que mes histoires se déroulent dans un monde bien réel, que le lecteur croie à cette réalité, qu’elle lui soit familière. J’ai besoin qu’il puisse se projeter facilement dans mes personnages de façon à être confronté comme eux à des événements qui le dépassent. Ce qui m’intéresse, dans le genre du thriller, ce sont ces moments où les personnages d’une histoire, en même temps que leurs lecteurs, sont obligés progressivement d’abandonner le cartésianisme qui les gouverne pour s’ouvrir à une autre façon de voir les choses, là où l’intuition et l’instinct sont plus utiles que la raison.

Une mort qui peut parfois être évitée grâce aux greffes, encore trop peu nombreuses hélas, du fait de l’insuffisance de donneurs. Un sujet très présent dans ce roman et une cause qui vous est chère, avec ce formulaire en fin de roman, qui invite à s’inscrire comme donneur d’organes et de tissus. Pouvez-vous nous parler de cet engagement ?

RM : Je refuse l’idée que l’être humain puisse être plus égoïste mort que vivant. Pourquoi refuser de sauver sept vies quand on n’est plus bon à rien ? Donner sa vie de son vivant, c’est miraculeux. Mais le faire, après sa mort, c’est la plus belle opportunité que la Science nous ait donnée ! Si l’un des nos enfants avait besoin d’une greffe pour survivre, serions-nous toujours contre le don d’organe ? On ne peut pas rester insensible à ça. L’année dernière, rien qu’en France, 537 personnes sont mortes faute de greffon disponible. Un petit mot glissé dans votre portefeuille autorisant à prélever vos organes après votre mort ne vous coûtera que 20 secondes. 20 secondes pour sauver sept vies, c’est pas grand chose.

Vous êtes au départ réalisateur et scénariste, peut-on espérer un jour une adaptation cinématographique de Celui dont le nom n’est plus ? On serait dans la pleine lignée de films comme Seven ...

RM : Les adaptations au cinéma sont souvent décevantes pour les lecteurs car, en deux heures, on est souvent tenté de réduire un roman à son intrigue. J’ai préféré opter pour une adaptation sous forme de mini série. Une co-production Franco-Britannique est en place pour un six fois une heure, ce qui permettra de s’attacher plus aux personnages.

D’un côté votre livre est annoncé comme un thriller, mais il gagne le prix du polar francophone de Cognac, et perso, je lui trouve même un arrière-goût de roman noir sur la fin. Celui dont le nom n’est plus, c’est quoi exactement ?

RM : Il est au carrefour de plusieurs genres comme la plupart des histoires que je raconte. Mais votre analyse me semble juste. Le groove des personnages le tire vers le roman noir.

Si vous deviez citer une seule phrase de ce roman, laquelle choisiriez-vous ?

RM : La vérité se nourrit du partage. Le mensonge, du secret.

Que souhaitez-vous partager avec vos lecteurs ?

RM : L’imaginaire. La lecture est une conversation silencieuse, intime entre deux personnes. De jardin secret à jardin secret.

Si vous deviez faire lire ce livre à une personne, vivante ou décédée, réelle ou fictive, qui serait-elle et pourquoi ?

RM : Mon père, car il est mort avant de savoir que je pouvais inscrire « romancier » sur mon passeport. Et ma mère, car plusieurs chapitres de ce livre ont été écrits à voix haute, à son chevet. Elle est partie avant d’en connaître la fin.

Si vous deviez choisir une musique à écouter avec ce livre palpitant ?

RM : la Gnossienne n°1 d’Erik Satie pour des raisons inhérente au récit

Copyright © 2006 - René Manzor